|
Success-Stories M-E : Chakib Sbiti
|
Schlumberger,
c’est le numéro 1 mondial des services pétroliers. Quand on
feuillette le rapport annuel de cette société, au chapitre « top
management », on trouve : Andrew Gould -Chairman & CEO-, Jean-Marc
Perraud -Executive Vice-President & CFO-, et…Chakib Sbiti- Executive
Vice President, Oilfield Services. Un marocain! Désireux d’en savoir
davantage, nous sommes partis à la rencontre de ce manager marocain
de 49 ans. Très rares sont les étudiants ou diplômés marocains en
France à en avoir entendu parler. Malgré un agenda surchargé, Chakib
Sbiti a pris le temps de visiter le site web de Maroc Entrepreneurs
et de nous inviter au siège parisien de sa société.
Nous avons découvert un homme dynamique et souriant, soucieux de la
condition des jeunes étudiants marocains en France. Des questions,
il en avait pour nous lui aussi ! Mais surtout, Chakib Sbiti est un
homme très modeste et discret. Lors de cet entretien, une phrase
nous a marqué : « La discrétion a une élégance en elle-même ».
Maroc Entrepreneurs : Pourriez-vous nous rappeler votre parcours
académique et professionnel ?
Chakib Sbiti : J’ai passé mon bac à Rabat, au lycée Descartes,
en 1973. Ensuite, je suis venu en France pour faire les classes
préparatoires maths sup/spé et intégrer une école d’ingénieur, l’ENSI
Caen. J’ai par la suite effectué mon service militaire à Marrakech
durant 2 ans. J’étais à la recherche d’un travail au Maroc. J’en ai
trouvé un, mais j’ai eu aussi l’opportunité de travailler avec la
société Schlumberger, que j’ai fini par rejoindre en 1981. J’ai donc
commencé ma carrière dans un domaine que je ne connaissais pas, à
savoir l’exploration pétrolière. Au début, je pensais travailler
chez Schlumberger pour une durée de 2 à 3 ans, puis rentrer au
Maroc. Finalement, je suis toujours avec eux, après 23 ans.
Depuis les années 70, Schlumberger croit vraiment en la diversité
des nationalités. Donc je suis arrivé au moment où la société
s’ouvrait à toutes les nations. C’est une question de business car
nous pensons….je dis « nous » car maintenant je fais partie du «
système »…nous pensons que nous devons être à l’image de notre
clientèle qui est diverse. Aujourd’hui, le management de la société
est un management très divers. J’ai donc bénéficié, dans une
certaine mesure, de cette ouverture. Lorsque vous commencez chez
Schlumberger, vous commencez par une session de formation, avec des
normes internationales, qui dure environ 3 ans, et vous pouvez être
amené à travailler partout dans le monde. On démarre à la base, en
tant que « field engineer », comme on dit vulgairement chez nous.
J’ai donc commencé à travailler en Asie, sur les plate-formes
pétrolières. Par la suite, la société offrant des opportunités
diverses, j’ai eu l’occasion de faire du marketing, des sales, de la
technologie, du personnel et du management à l’échelle du groupe, en
Asie, au Moyen-Orient, en Amérique Latine, en Amérique du Nord et en
Europe. Autrement dit, un peu partout. Tout cela fait que vous êtes
exposés à des cultures diverses, et à des métiers divers. C’est
assez prenant et c’est sans doute la raison pour laquelle je n’ai
pas vu le temps passé.
Basé à Paris, le pôle « services pétroliers » de Schlumberger est
le premier fournisseur mondial de services, de solutions et de
technologies d’exploration / production pour l’industrie pétrolière.
Y retrouver à sa tête un manager marocain de 49 ans peut fasciner
tout diplômé ou étudiant marocain en France. Chakib Sbiti, quel est
votre secret ?
L’environnement actuel fait que les opportunités offertes à un
diplômé de toute nation sont beaucoup plus intéressantes qu’il y a
une trentaine d’années. Le monde est aujourd’hui interconnecté, et
l’accès à la connaissance est pratiquement disponible à tout le
monde. Le monde est devenu beaucoup plus fluide. La définition de la
firme multinationale des années 60 ou du début des années 70 ne
s’applique plus. Les sociétés qui ont un avenir sont celles qui
croient en la diversité des cultures et des sexes. Dès lors,
l’équation devient assez simple. C’est une question de volonté et de
ténacité. Il n’y a pas de formule magique qui fait que mon parcours
soit extraordinaire. Vous trouverez beaucoup de gens comme moi, un
peu partout. Ils ne sont juste pas assez connus. Mais c’est très
bien ainsi, car la discrétion a une élégance en elle-même. .
Comme je vous l’ai dit, la société dans laquelle je travaille a un
certain nombre de croyances, qui font que j’ai été très stimulé.
Bien sûr, il y aussi un aspect « timing » : right time, right place.
Je dois aussi beaucoup à ma famille qui m’a supporté : mon épouse,
et mes enfants, qui ont du changer d’environnement à une douzaine de
reprises.
Vous êtes parmi les hauts dirigeants d’un grand groupe
franco-américain. Etes- vous une exception à la théorie du « plafond
de verre » selon laquelle les postes à haute responsabilité sont
inaccessibles aux étrangers ?
Le « glass ceiling » chez Schlumberger n’existe plus pour les
nationalités. En revanche, en ce qui concerne la diversité des
sexes, nous avons encore beaucoup de choses à faire. Parmi mes 18
collaborateurs, il y a 10 nationalités différentes, mais
malheureusement aucune femme ! Comme j’ai deux filles, je me bats
pour ce sujet qui me tient à cœur. On a commencé il y a une dizaine
d’années un sérieux exercice de recrutement, à la base. En terme de
carrière, nous faisons aussi en sorte que les femmes soient mieux
représentées dans l’organisation. Nous avons commencé il y dix ans,
nous en avons encore pour quelques années.
Vous parlez du groupe « franco-américain » Schlumberger. Je tiens à
apporter quelques précisions à ce sujet. Cette société a été fondée
en 1927 par les frères Schlumberger. Au départ, c’est une société
française. La nature du business, l’histoire géopolitique du pétrole
a fait que ces deux frères ont décidé de s’installer dans les pays
où il y avait du pétrole. Ce qui est très peu connu, c’est qu’au
départ, Schlumberger a beaucoup travaillé en Asie Centrale, avec les
soviétiques. Elle a connu un certain nombre de hauts et de bas. Au
début des années 30, c’est le business de l’Europe Centrale qui nous
a aidé. Dans les années 40, avec le boom pétrolier aux Etats-Unis,
et la guerre en Europe nous avons opéré un changement stratégique.
Nous avons « plié bagages » et nous sommes partis aux Etats-Unis.
Vous comprenez dès lors pourquoi la croyance en la diversité et un «
business statement » chez Schlumberger. Nous avons eu des russes au
début, puis des américains. Aujourd’hui, nous sommes
présents(invariable je crois) sur tous les continents et nous avons
des collaborateurs de toutes nationalités que nous recrutons dans
les zones où nous avons du business. Nous faisons en sorte de
respecter le poids de chaque marché dans notre business. Nous avons
des saoudiens, des américains, des norvégiens, etc. La promotion se
fait sur le mérite. Au départ, la phase d’entraînement, très
intense, en anglais, est technique mais couvre aussi des domaines
tels que l’éthique, la finance, les sales, le marketing. Elle a pour
but de remettre tout le monde au même niveau. Après, c’est chacun
pour soi…
Tout jeune diplômé marocain formé en France se trouve confronté à
la question « classique » du retour au Maroc. Qu’en pensiez-vous à
l’époque ? Et si c’était à refaire ?
Quand je suis rentré au Maroc pour faire mon service militaire,
c’était dans l’optique de travailler au Maroc. J’ai cherché un
travail et j’en ai trouvé un. En même temps, j’ai eu cette
opportunité d’intégrer Schlumberger. J’ai saisis cette chance. Pour
moi, c’était vraiment une aventure. L’objectif était d’acquérir une
expérience, sans plus. J’y suis allé sans calcul particulier.
Les choses sont différentes aujourd’hui au Maroc. Bien entendu, mon
point de vue est celui d’un observateur distant car malheureusement,
étant donné l’état de l’exploration pétrolière au Maroc, je ne
connais pas trop le tissu industriel et l’environnement au Maroc. Ce
que je connais du Maroc d’aujourd’hui est de source informelle et
familiale. Ce que je peux dire, c’est que nous avons la chance
d’avoir un capital humain dans lequel on doit investir. Il faut
valoriser ce capital humain en faisant en sorte que le système
éducatif soit le plus efficace et le plus à même à armer ces masses
de jeunes à affronter la vie. Je ne peux pas vous en dire plus, car
faire une analyse plus poussée ne relève pas de mes compétences. La
tache n’est certainement pas facile, mais il est clair qu’il y a un
malaise aujourd’hui, malaise que je décèle lors de mes conversations
avec les jeunes marocains.
Pensez-vous un jour mettre à profit vos compétences pour ce pays
?
Un jour viendra, la page Schlumberger sera tournée. A ce moment
là, il est clair que je ne vais pas rester à rien faire. C’est tout
ce que je peux dire.
Si demain matin, vous appreniez, en vous rasant, que le sol du
Maroc regorge d’importantes ressources pétrolières, quelle serait
votre réaction ?
Je pense que de part mon travail, je le saurais avant tout le
monde (rires). Je donnerais un conseil à nos dirigeants, basé sur
une expérience de plusieurs années dans le secteur : faites
attention à bien exploiter « sagement » cette ressource. Le pétrole
est très déstabilisateur. L’euphorie qui accompagne ce genre
d’annonces fait que les intérêts à court-terme aveuglent les
dirigeants. Cela les empêche de faire des plans appropriés sur le
long terme. De nombreux pays ont « soudainement » appris qu’ils
étaient riches avec le pétrole. Ils ont mené une politique basé sur
le court-terme qui s’est soldée par un échec total. Tout ce que je
souhaite au Maroc, si ça arrive, c’est qu’on ait la sagesse de gérer
cette ressource correctement et de faire en sorte que la
diversification industrielle et économique reste une priorité.
L’année 2004 a été marquée par le recentrage du groupe vers son
cœur de métier, les services pétroliers. Dans ce cadre, Schlumberger
a procédé à la cession de plusieurs activités, notamment celles des
services informatiques, Schlumberger Sema, reprises par Atos Origin,
ainsi que l’introduction en bourse d’Axalto, filiale spécialisée
dans les cartes à microprocesseurs. Vous avez aussi conclu un accord
avec PetroAlliance Services, prévoyant l’acquisition de cette
société parapétrolière russe d’ici 2006.
N’est-il pas risqué de se recentrer sur une activité concurrentielle
et cyclique ? N’avez-vous pas lié votre sort aux investissements des
majors du pétrole et du gaz ?
Au fil des ans et surtout depuis les années 60 et 70, Schlumberger a
tenté de se diversifier, pour un certain nombre de raisons.
Cependant, la raison principale de ce choix de diversification ne
vient absolument pas des préoccupations que l’on peut avoir à
travailler dans une activité cyclique. C’est plutôt la conviction
que Schlumberger est une entreprise / un groupe de technologie. Par
conséquent, on a pu poser les bases de la diversification autour du
secteur de la technologie. Les diverses expériences que le groupe a
eues – qui ont connu des hauts et des bas – ont clairement démontré
que nous pouvions être leaders dans le domaine énergétique et
technologique.
Le recentrage autour du pétrole s’est effectué lors d’une phase de
changement de management. Ce type de transition facilite
généralement les changements. Nous ne pouvons rien contre la
cyclicité de l’activité, c’est intrinsèque au business. Nous savons
que les énergies fossiles resteront la première ressource disponible
dans le monde dans les années à venir, 15 ans, 30 ans, qui sait, 100
ans peut-être. Dans tous les cas, en ce qui concerne le leadership
du groupe, nous avons une position assez confortable pour nous
permettre de croire que le recentrage sur le pétrole est la bonne
solution.
Le groupe a annoncé cette décision de se recentrer sur les services
pétroliers, estimant que dans un futur proche, les besoins d’énergie
seront assurés par des gisements pétroliers vieillissants. Un
investissement substantiel sera donc nécessaire pour supporter la
production d’aujourd’hui et satisfaire la demande de « demain ».
Mais Schlumberger ne sera-t-il pas menacé « après-demain » par le
développement des énergies renouvelables ?
À la base, le développement économique a besoin d’une source
d’énergie disponible. Au jour d’aujourd’hui et à ma connaissance, il
n’y a pas d’alternative économique au pétrole et au gaz naturel, à
grande échelle. Il est vrai qu’il existe un certain nombre de
ressources énergétiques renouvelables et je crois qu’il est dans
l’intérêt de l’humanité d’étudier le sujet autant que faire se peut
car le pétrole et le gaz sont des ressources non renouvelables.
Elles sont de plus en plus exploitées, et un jour viendra, il n’y en
aura plus. Cela dit, il n’est pas seulement question de
l’environnement et l’écologie, c’est une question de principe de
base économique : pour que la croissance perdure, il faut absolument
une source d’énergie qui soit disponible. Comme vous l’avez dit, le
pétrole provient de plus en plus de réservoirs vieillissants et
notre stratégie aujourd’hui est de travailler les technologies qui
vont permettre d’extraire un maximum de ces réservoirs, jusqu’à la
dernière goutte. Nous cherchons à atteindre « the last mile ».
L’extraction de pétrole de ces réservoirs est fonction d’un certain
nombre de paramètres qui permettent de calculer une résultante : le
« recovery factor » (NDLR : taux d’extraction). Aujourd’hui ce taux
reste dans la fourchette : 10-15% au minimum, voire moins, et 60-75%
dans le meilleur des cas. En moyenne, ce taux atteint 20 à 30% dans
le monde aujourd’hui.
Or, si vous augmentez ce taux d’un point, c’est une année de
consommation énergétique mondiale au rythme d’aujourd’hui que vous
avez en plus ! Donc si le « recovery factor » passe de 20 à 40%, on
ajoute 20 ans de consommation énergétique mondiale, au rythme
d’aujourd’hui.
L’exploitation des réservoirs est en réalité beaucoup plus complexe
qu’elle n’en a l’air. De plus, les exploits technologiques au
service des industries pétrolières sont extraordinaires. Nous
utilisons les dernières découvertes pour aller chercher « the last
mile », « bien au fond et bien au chaud ».
La branche pétrole de Schlumberger a réalisé un exercice 2003
très satisfaisant avec un bénéfice (avant impôts et intérêts
minoritaires) en croissance de 20%. A la fin du 1er semestre 2004,
vous confirmez cette performance avec un résultat en progression de
23% par rapport au 1er semestre 2004. Alors que la période 2003-2004
a été difficile en raison de l’instabilité politique et économique
dans plusieurs régions du monde, à quoi est due la bonne performance
de Schlumberger ?
Tout d’abord, on n’est jamais assez satisfait de sa performance.
C’est une erreur de tomber dans ce piège.
Notre activité dépend des investissements des compagnies pétrolières
en recherche et développement et en exploitation de leurs
réservoirs. A la fin des années 90, on a pris conscience -et ça
s’est confirmé avec le temps- que l’abondance perçue du pétrole dans
le monde ne correspond pas à la réalité. La demande et l’offre
énergétiques réelles en ce qui concerne le pétrole et le gaz sont
beaucoup plus proches qu’elles ne l’étaient il y a une vingtaine
d’années.
Vous pouvez ajouter à cela d’autres facteurs : la reprise économique
aux Etats-Unis, un « semblant » de reprise économique en Europe, et
le miracle chinois. Cette conjoncture fait que nous sommes dans une
configuration où les investissements dans l’exploitation et la
recherche pétrolières continuent d’augmenter.
Nous sommes le leader mondial dans le domaine des services
pétroliers. Nous faisons en sorte de conforter cette position par
nos investissements en recherche et développement. Nous sommes en
croissance aujourd’hui, et cette croissance va même s’accélérer dans
les années à venir.
Le secteur dans lequel on travaille, l’énergie, reste vital pour la
croissance économique et le bien être du monde.
Maroc Entrepreneurs : Comment gérez-vous votre présence à
l’international et le risque pays, sachant que de nombreuses zones
de production de pétrole et de gaz sont instables ?
Pour répondre à la montée de l’insécurité dans un certain nombre de
pays où nous sommes présents, nous nous sommes organisés de manière
à ce que notre personnel puisse travailler dans les conditions de
sécurité les plus sûres. Nous nous engageons toujours après
l’élaboration et la mise en place d’un plan sécuritaire qui permette
d’offrir ces conditions. Le management des aspects sécuritaires se
fait avec nos clients, qu’il s’agisse de sociétés multinationales (ExxonMobil,
Total,…) ou de compagnies nationales (Saudi Aramco,…).
Avec la hausse du baril, les perspectives du secteur
parapétrolier sont très favorables. Quelles sont les prévisions de
Schlumberger pour l’exercice 2005 ?
Une croissance est prévue à un rythme soutenu : « croissance à fond
» !
Nous sommes en train d’élaborer nos plans pour la période. Pour
cela, il nous suffit de regarder les plans budgétaires de nos
clients pour avoir une idée à peu près correcte de ce qu’il en est.
Et comme je l’ai dit un peu plus tôt, nous allons avoir dans les
années qui viennent une accélération de la croissance. Ce qu’on a vu
jusqu’à présent n’est qu’un début.
Maroc Entrepreneurs : Quels sont vos perspectives de recrutement,
et quels sont les profils les plus recherchés ?
Le recrutement est un sujet qui nous est cher. Schlumberger est une
compagnie de services qui apporte une certaine technologie qui lui
appartient, et qui l’exécute avec des hommes et des femmes qui
viennent de tous les pays.
Tous les ans, nous recrutons entre 2000 et 3000 professionnels dans
le monde. Nous recrutons des hommes et des femmes, des ingénieurs,
des chercheurs, des techniciens,…
Notre politique de recrutement se fonde sur le mérite. Pour
recruter, nous allons à la source, c’est à dire aux écoles et
universités. Nous recrutons très peu des autres sociétés. Nous avons
un vaste réseau de contacts directs avec les universités et écoles
de part notre présence dans le monde et nous travaillons directement
avec elles. Nous participons au cursus, en particulier dans le
domaine de l’ingénierie pétrolière (petroleum engineering). Nous
recrutons dans ces universités grâce à une présence et une
visibilité sur les campus des zones où nous avons une activité. Nous
n’avons aucune difficulté pour attirer des jeunes diplômés très
talentueux.
En ce qui concerne les profils, Schlumberger étant une société de
technologies et de services technique, la majorité des candidats que
nous recrutons ont un background scientifique ou technique. Les
spécialités sont vastes. Nous recrutons aussi bien dans le domaine
de la science du pétrole que dans d’autres domaines de l’ingénierie.
Je vous ai décrit au départ un système de formation qui permet une
mise à niveau de tous les employés au terme de leurs trois premières
années dans le groupe. En réalité notre véritable souci est de
recruter des gens qui ont un profil approprié à l’environnement dans
lequel on travaille, qui est très dynamique, très diversifié,
presque agressif - dans le bon sens du terme-. Nous cherchons des
gens « qui en veulent ».
Séquence mini questionnaire de Proust
ME :
Votre devise ?
Chakib Sbiti : Je n’ai pas de devise particulière. Mais
j’essaye autant que faire se peut, dans ma vie de tous les
jours, de respecter des principes qui me viennent de mon
éducation, de mes parents, de mon environnement ainsi que de
mon expérience professionnelle. Je ne vais pas vous donner
une leçon sur ces principes mais je peux vous dire que «
they’re fine ».
ME : Votre livre de chevet ?
Chakib Sbiti : Je suis en train de lire un livre sur le
Maroc, probablement assez controversé : « Les trois rois »,
d’Ignace Dalle. Il présente l’histoire du Maroc vue sous un
certain aspect. J’ai découvert un certain nombre de choses
en le lisant et en faisant des recoupements sur l’histoire
contemporaine du Maroc. Il m’a surtout éclairé sur une
partie de l’histoire du Maroc qui est celle de la
post-indépendance.
ME : Votre dernier film au cinéma ?
Chakib Sbiti : « Nos plus belles années », film italien,
très intéressant.
Chakib Sbiti, un dernier mot pour les étudiants et jeunes
diplômés marocains en France, soucieux de contribuer au
développement de leur pays ?
Je crois honnêtement que les opportunités en capital humain
pour un pays comme le Maroc ne peuvent être sous estimées.
Il y a un certain nombre d’activités qui - grâce à la
technologie- sont en train de se re-localiser. Cela
constitue une opportunité pour le Maroc. Ce serait une
grossière erreur de ne pas capitaliser et faciliter la mise
en place des structures qui permettent, dans un monde
compétitif, de positionner le Maroc en « pays chouchou ». Ce
n’est pas forcément seulement autour des technologies que
cela est possible. Les économies deviennent de plus en plus
fluides. Un certain nombre d’opportunités se présente. Je
pense que pour tous ces jeunes marocains, il faut savoir
croire en l’aventure et prendre des risques. |
Propos
recueillis par Nabil Mahraoui et Mounia Hajji