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MRE :
Marocains Rêvant d’Entrepreneuriat…
Par
Badreiddine Mansouri
Juan Goytisolo, écrivain
talentueux et controversé au pays de Cervantès, se plaît à parler de bâton
brûlé par les deux bouts quand il évoque les immigrés marocains que l’on a
estampillé du sceau politiquement correct de: Marocains résident à
l’étranger. Brûlés par les deux bouts…La métaphore est tellement parlante…
Tiraillés entre deux cultures les enfants de ces expatriés du royaume
chérifien, ne savent sur quel pied jongler. Sujets d’un Royaume et Citoyens
d’une République dans le cas français, leur cœur vacille.
En France, on parle de modèle « black, blanc, beur » comme une référence en
matière d’intégration, mais derrière la jolie allitération se cache un
véritable malaise. Les discours poujadistes, puis lepénistes dans les années
1980 et enfin le regard que leurs portent leurs concitoyens « de souche »
depuis le 11 septembre ne finissent d’attiser le mépris entre deux
populations qui partagent pourtant les mêmes lois, et qui côtoient les mêmes
bancs, ceux de la République.
Outre mer, les « Zmagris » (Déformation dialectale du mot Les Immigrés) ne
jouissent pas non plus d’une meilleure réputation, quand bien même les «
Zmagro-devises » envoyés régulièrement par les travailleurs de l’Atlas
permettent d’entretenir des familles entières de l’autre coté du détroit.
Malgré tout, les exemples de réussite se font de plus en plus nombreux. Les
« beurs » qui s’en sortent ne sont plus seulement comiques ou footballeurs.
Ingénieurs, cadres, chercheurs, les laissés pour compte prennent leur
revanche et quittent la cour des miracles. L’ascenseur social semble même
mieux fonctionner que les ascenseurs qu’ils ont empruntés toute leur enfance
pour rejoindre le haut de leur tours. Toutefois, beaucoup de chemin reste à
parcourir, même si une émulation vertueuse s’effectue dans les quartiers
quand ceux qui réussissent suscitent l’envie et stimulent l’ambition de
leurs cadets.
La fibre entrepreneuriale des beurs, ne s’exprime pas toujours dans les
hautes sphères de l’économie et des finances ou dans les centres de
recherche. Nombreux sont ceux qui ont choisi le service et la proximité pour
prospérer. Ainsi, au cœur même des cités qui les ont bercées, ils ouvrent
pêle-mêle des cybercafés, des boucheries halal ou des épiceries.
Toutefois, le succès d’une minorité est loin de masquer la marginalisation
des nombreux autres. Délinquance, petits trafics, larcins en tout genre,
l’économie souterraine des ghettos de la République n’a jamais autant
prospéré et les camions n’ont jamais autant perdu d’objets…Les tristes
raisons nous les connaissons. Des pères épuisés à faire les trois-huit, des
mères éreintées par les taches ménagères qu’elles font « au black » pour
arrondir les maigres revenus apportés par les premiers, cela relève presque
de la caricature. Les familles vivent en périphérie des centres dynamiques,
dans des quartiers ghettos, où la mixité socioculturelle est quasi
inexistante. L’ouverture à la diversité, et à « la culture française » ne se
fait que par un unique agent de socialisation : l’école. Or l’école ne joue
plus ce rôle au pied des cités. Si on fait lire du Zola, du Balzac ou encore
du Proust aux élèves ce n’est pas pour autant qu’ils se reconnaissent ou
s’identifient aux romans de ces derniers qui leur semblent si loin de leur
environnement, des valeurs dont ils ont été imprégnés ou que leurs parents
leurs ont inculqué.
Les nouvelles politiques d’urbanisation et de la ville en général, devraient
ainsi tirer les leçons des erreurs commises par le passé.
Comme il est coutume de dire au Maroc, il n’y a de porte qui n’ait de
clef…Les clefs c’est à nous de les trouver. C’est à nous de promouvoir
l’entrepreneuriat auprès de ces jeunes sur le terrain, à nous de leur
montrer comment le biculturalisme et le métissage culturel peut être un
atout aujourd’hui. Des actions comme celles de « Migrations et Développement
» qui intègre des jeunes beurs dans des projets d’électrification et
d’irrigation de zones rurales marocaines en sont l’exemple. Les jeunes
apportent ainsi le savoir-faire qu’ils ont acquis en France au service du
Maroc bien souvent dans des régions dont sont originaires leurs parents.
De même, la récente création d’un secrétariat d’état aux MRE au Maroc est
une grande avancée. Cette reconnaissance du royaume permettra peut être de
fédérer un jour les communautés chérifiennes expatriées.
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