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Analyse

Immigration : des racines au Maroc et des ailes en France
Par Ghita Berrada

450 000, tel est le nombre de Français d’origine marocaine estimé en 2003. Le nombre des étudiants marocains en France était quant à lui estimé à 24 000. Nous sommes, ainsi, les étudiants étrangers les plus représentés sur le territoire français. Notons tout de même qu’il ne s’agit là que d’estimations étant donné qu’il est difficile d’avoir un chiffre fiable sur les phénomènes migratoires. 

Ceci dit, que l’on soit étudiant ou professionnel, nous avons tous partagés l’expérience commune de l’immigration en France. Tentons alors de comprendre ensemble les motivations du départ, et les interrogations quant au retour au pays.

Quel que soit l’âge du départ, nous partons tous pour des raisons précises. Je ne m’attarderai pas sur les raisons qui nous poussent à choisir la France comme pays d’accueil, celles-ci sont aisément compréhensibles. Il y a évidemment la proximité géographique, la langue française, et diverses raisons qui peuvent être culturelles ou autre. Je m’intéresserai plutôt aux raisons plus profondes du départ en lui-même. Nous pouvons résumer les différentes raisons d’émigration en soulignant que le départ est toujours motivé par un manque, impossible à combler au Maroc.

Le plus grand manque est certainement celui de l’emploi. Selon le haut commissariat au Plan, les dernières estimations disponibles montrent que le taux de chômage au Maroc serait de 11,8 % en 2003. Ainsi, beaucoup de marocains venus étudier en France, préfèrent y rester de peur d’être confrontés  à ce fléau. De plus, certains ne trouvent pas au Maroc, des débouchés par rapport à leur formation. Mais, plus déconcertant encore, le cas des marocains installés au Maroc, qui laissent tout tomber pour aller tenter leur chance en France. Ce départ est motivé par l’échec d’insertion professionnelle et par le désespoir lié aux gros problèmes structurels auxquels ces individus doivent faire face. Ainsi, la lourdeur des modalités administratives en ce qui concerne la création d’entreprise ou la difficulté à trouver des financements découragent beaucoup de marocains, qui préfèrent baisser les bras et tenter leur chance ailleurs.

Puis, il y a une autre catégorie d’immigrés : celle des étudiants. Ceux là partent en France pour pallier au manque d’opportunités au Maroc et à l’insuffisance d’établissements dispensant un enseignement de qualité. Souvent, les jeunes partent en France car leurs études sont mieux reconnues là bas ; non pas qu’au Maroc il n’y ait pas d’enseignement de qualité, mais il est quasi uniquement réservé aux élites. Ainsi des écoles comme l’ISCAE, ou Al Akhawayne, ou même la faculté de médecine sont des établissements très sélectifs, qui ne laissent une chance qu’aux élèves brillants. Certes, en France aussi la sélection est rude, mais au moins, il existe des alternatives pour les étudiants qui ont un niveau moyen. Il existe en effet des centaines d’écoles de commerce et d’ingénieurs, accessibles sans classes préparatoires, une multitude d’orientations en université, et tous ces établissements délivrent des diplômes bien reconnus. Le fait de partir en France, permet aux étudiants, de tout niveau scolaire, de trouver une formation adaptée à leurs désirs, et d’assurer ainsi leur avenir en augmentant leurs chances de réussite professionnelle.

En somme, tous partent, dans l’espoir de trouver quelque chose de mieux, de pallier à des manques. Ils espèrent plus de liberté, plus de chances de réussite, plus de… et de…, à la recherche d’un monde meilleur que chacun se dessine au grès de sa propre imagination. Puis un jour, se pose la cruciale question du retour au pays. Chacun y apporte sa propre réponse, et les avis sur ce sujet sont très divers et méritent tous le respect.

Il y a ceux, qui, découragés par les raisons qui les ont poussé à quitter le Maroc, ont renoncé à l’espoir du développement et choisissent de faire leur vie en France. Satisfaits de l’équilibre qu’ils ont trouvé dans ce pays d’accueil, ils préfèrent ne pas rompre avec les nouvelles habitudes de vie qu’ils ont adopté, et refont entièrement leur vie là bas.

Mais il y a aussi ceux qui retournent au pays ; souvent pas immédiatement après l’obtention du diplôme, mais plutôt après une expérience professionnelle. Ceux là font ce choix par esprit de patriotisme pour contribuer au développement de leur terre natale, ou aussi pour des raisons personnelles comme le refus de renoncer aux attaches familiales. Mais quelles que soient les motivations du retour, tous perçoivent ce paradoxe entre l’envie pressante, jadis ressentie, de quitter le Maroc pour découvrir une nouvelle vie pleine d'espoirs en France...et cette nostalgie du pays qui devient de plus en plus forte tout au long des années, et qui les pousse à vouloir retourner au Maroc. Ils saisissent enfin le sens de ce mot arabe «  al ghorba », ce mot que l’on tentait en vain de leur expliquer dans leur enfance mais dont ils ne saisissaient pas toujours le sens profond. « Al ghorba » ou nostalgie du pays en français, ne peut être comprise que si elle est vécue. Ils réalisent alors, que ce Maroc qu’ils ont quitté quelques années auparavant, avec toutes ses imperfections, n’en demeure pas moins LEUR pays, et avec du recul ils lui découvrent de nombreuses qualités. Tout d’abord, une qualité de vie incomparable, mais aussi, une chaleur humaine que l’on ne retrouve nulle part ailleurs, ou encore, des valeurs inestimables, telles que la solidarité familiale par exemple.

Finalement, chacun d’entre nous, tire de cette expérience d’immigration, ses propres leçons avec peut être un seul point commun entre nous tous : que l’on soit partisan du retour ou non, il arrive un moment dans notre vie en France, où quelque soit notre degré de succès dans ce que l’on a entrepris, il reste en nous quelque chose d’amer. Ce quelque chose, c’est l’image de notre pays qui nous manque.



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