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Analyse :

Union Européenne : A l'Est, du nouveau...même pour le Maroc!
Par Nabil Mahraoui

Depuis le samedi 1er mai 2004, dix pays ont rejoint l’Union Européenne. Huit d’entre eux étaient de l’ « autre côté »  du rideau de fer  pendant la guerre froide. L’UE, désormais troisième entité démographique, deuxième entité économique et première puissance commerciale s’étend aujourd’hui jusqu’à la frontière du Belarus et de l’Ukraine. Corollaire de cet élargissement : les dix nouveaux membres intégreront dans leur corpus législatif les traités et les accords qui lient l’UE aux pays tiers. Parmi ces tiers le Maroc. Autant dire que cette nouvelle donne ne sera pas sans conséquences. Reste à savoir, si le Maroc sera électrocuté ou électrisé…

Depuis le 1er mars 2000, le Maroc est lié à l’UE par un accord d’association qui prévoit l’instauration d’ici 2012 d’une zone de libre-échange. De surcroît, le Maroc a déjà bénéficié, dans le cadre du programme MEDA, d’aides financières pour sa (re)mise à niveau dont le montant global s’élève 1180,5 millions d’€ sur la période 1995-2003, soit 22% du total des aides accordées par l’UE aux pays du pourtour méditerranéen dans le cadre des plans MEDA I et MEDA II.

Après les accords de libre-échange, une nouvelle épée de Damoclès ?

Les pays d’Europe de l’Est, médiatisés par leur entrée dans l’UE sont des concurrents directs aujourd’hui du Maroc sur plusieurs fronts. 

  • Investissements directs étrangers (IDE) :

Sur le plan des investissements, l’UE est à l’origine de 85% des IDE. Or, désormais, ces pays, membres de la « Nouvelle Europe » vont drainer de plus en plus d’IDE. En effet, non seulement les coûts des ressources humaines restent inférieurs à ceux de la « Vieille Europe », mais ces pays bénéficient d’un degré de développement économique assez élevé en termes d’infrastructures et de qualification professionnelle. Un tel résultat n'est au demeurant pas acquis d'avance. Pour adhérer à l’UE, ces pays ont du  procéder à des réformes structurelles sur le plan de la justice, de la fonction publique et de l’harmonisation des procédures administratives. Au-delà de la fiscalité, ceux sont ces facteurs, qui peuvent influencer la rentabilité de projets, que prennent en compte les investisseurs. D’autre part, solidarité européenne oblige, les contributeurs nets de l’Union ayant refusé toute révision du budget, les fonds structurels iront en priorité aux nouveaux venus. Le fossé entre le  Maroc et ces pays sur le plan des infrastructures n’en sera que plus important. Finalement, appartenir à l’UE, c’est déjà un label gage de stabilité politique, de visibilité, soit une garantie pour l’investissement. Siemens a déjà délocalisé la téléphonie en Hongrie, Samsung a quitté l’Espagne pour la Pologne…et le ballet ne fait que commencer !

Le fait que Marrakech bénéficie d’une plus grande notoriété que Casablanca, traduit bien le fait que notre pays bénéficie d’une notoriété plus touristique qu’économique. Le Maroc aujourd’hui a des défis à relever en termes de remise à niveau des PME, de logistique, de formation professionnelle et de déséquilibres territoriaux. Reste à afficher une stratégie claire en la matière et promouvoir l’image du Maroc en tant que terre d’accueil des IDE.

Cela étant, certaines évolutions exogènes joueront sans doute en faveur du Maroc. La hausse du niveau de vie et des coûts de protection sociale chez les nouveaux membres à moyen/long terme se traduira par la délocalisation des activités à forte densité de main d’œuvre à recherche de low cost. Le Maroc devra alors être au rendez-vous pour tirer son épingle du jeu parmi les pays du bassin méditerranéen. A l’heure actuelle, le Maroc n’est que le 3ème pays d’accueil en stock d’IDE sur l’arc sud méditerranéen après l’Egypte et la Tunisie.

Les plus optimistes diront que le Maroc pourrait attirer des IDE en provenance de ces nouveaux membres, mais cela serait qu’infinitésimal, ces pays n’ayant pas encore atteint un stade de maturation qui leur permette de prospecter de nouveaux marchés.  

  • Echanges

Sur les 5 dernières années, l’UE ressort comme étant le 1er fournisseur et le 1er client avec respectivement des parts de marché de 57,8 % et 65,3 %. A titre de comparaison, les Etats-Unis sont loin derrière avec respectivement  5,1 % et 4,4 % de parts de marché. D’où l’importance que revêt la question de l’élargissement sur les échanges.

Bien entendu, on peut se féliciter de l’ouverture de marchés nouveaux,  mais, revers de la médaille, l’économie nationale aura aussi à supporter une concurrence commerciale plus accrue. D’ici  2012, ces pays, comme les autres pays de l’UE, bénéficieront  de l’exonération des droits de douane. En outre, le Maroc a vu l’annulation des accords bilatéraux, notamment celui avec la Pologne qui concédait aux produits agricoles marocains des préférences tarifaires.

Selon un rapport du Ministère du Commerce, les produits industriels marocains seront plus compétitifs sur ces nouveaux marchés du fait de la baisse des droits de douane. Cela dit, cette opportunité de nouveaux marchés est à relativiser. En effet, les exportations restent concentrées sur la France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Italie et les exportations vers les dix nouveaux membres ne représentent que 1 % à l’heure actuelle. Ce n’est pas demain que les produits marocains se retrouveront sur les places de marché de Budapest ou de Varsovie. Il y a donc là un potentiel à exploiter. Condition sine qua non : l’offre à l’export doit suivre. A contrario, le secteur textile subira les répercutions de cet élargissement et le Maroc se retrouvera en concurrence frontale avec les nouveaux venus.

Au volet agricole, les nouveaux membres adopteront la Politique Agricole Commune (PAC) et s’aligneront sur les droits de douane de l’UE qui s’élèvent à 16,2 % en moyenne. Cela favorisera la pénétration des marchés hongrois, polonais et chypriotes dont les droits étaient supérieurs à 30% encore le 30 avril. Mais à l’échelon européen, les produits nationaux se retrouvent encore en concurrence avec les produits venus de l’Est.

Ceci dit, l’accès des dix nouveaux pays au marché des Quinze étant ouvert depuis déjà dix ans, les exportateurs marocains ont du s’adapter, dans une certaine mesure et par la force des choses à cette nouvelle donne.

Sur le marché local, c’est la sidérurgie, l’électronique, l’industrie du verre, des matériaux de construction, des meubles et du matériel de transport qui auront à subir les effets de cette intégration. En effet, les parts de marché y afférentes sont comprises entre 20 et 30% des importations en provenance de l’UE. Une partie de l’industrie devra donc s’accrocher ! 

  • Tourisme 

Sur le plan touristique, ce sont là dix nouveaux pays émetteurs à prospecter car, à l’instar de l’Espagne et du Portugal du début des années 80, leur niveau de vie ne cessera de croître. Néanmoins, deux de ces pays, Chypre et Malte sont des destinations très en vogue et vont, selon toutes probabilités, attirer de plus en plus de touristes de l’UE grâce à l’ « effet pub’ » généré par l’intégration.


Tout cela fait qu’aujourd’hui, le Maroc observe cet élargissement avec beaucoup d’appréhension. Même l’Oncle Sam, inquiet, négocie des compensations !!

Vers une statut « avancé » du Maroc

Au regard des réticences que suscite l’intégration turque, une question qui ne cesse de défrayer la chronique, on se doute bien que ce n’est pas demain qu’on intégrera l’UE. Vu de Bruxelles, en partant du constat qu’il est impossible d’intégrer tous les voisins, Romano Prodi, président de la Commission Européenne, publie en mars 2003 un rapport sur le « voisinage de l’Europe élargie » dans le but de proposer une alternative aux «cercles d’amis de l’Union allant de la Russie au Maroc». Dans ce contexte, et dans la perspective d’obtenir moins que l’adhésion mais plus que l’association pure et simple, la diplomatie marocaine tente de négocier un statut dit « avancé » qui lui permettrait de bénéficier des fonds structurels européens, sans avoir un quelconque pouvoir décisionnel.

L’Europe devra inéluctablement se tourner vers l’extérieur de ses frontières et en particulier vers le voisinage sud méditerranéen. Stratégiquement, l’Union Européenne ne peut pas se permettre d’avoir sur le pas de sa porte des pays en crise. Comme elle l’a fait pour le Portugal dans les années 80, l’Europe est appelée à contribuer de manière soutenue à la mise à niveau du Maroc. Ne nous y trompons pas, ce n’est pas de la charité, mais un réel investissement stratégique pour l’Europe. Tels des vases communicants, la stabilité, le développement durable, et la sécurité - « très à la mode» ces temps-ci  - en Europe, ne peuvent être garantis à terme sans une coopération étroite avec des pays comme le Maroc.

 

Malgré les augures, face à ce nouveau défi, et pour se maintenir contre vents et marées, l’heure n’est pas à la résignation, mais à l’action, en espérant que le Maroc saura trouver en lui-même les ressources de sa mise à niveau. Il faudra aller plus vite que la musique et accélérer les réformes du « chantier Maroc » pour être compétitifs au sein de l’espace euro-méditerranéen et contrecarrer les aides européennes qui rendront les nouveaux entrants de plus en plus concurrentiels par rapport à notre pays. Ce sera là, pour le Maroc et pour les marocains, le véritable point de non retour.



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