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Le
Maroc et
l’illusion libre-échangiste La ferveur libre-échangiste
La Mondialisation
libérale a fini par s’imposer au Maroc. Après s’être converti à la religion
du FMI à partir de 1984 à la faveur du Plan d’Ajustement Structurel
(privatisations, déréglementations, suppressions des subventions, réduction
drastique des dépenses sociales..), nos dirigeants se sont piqués d’une
passion soudaine pour le libre-échange. Selon eux, si le Maroc reste
largement sous-développé, si notre économie stagne, si la pauvreté se
développe, c’est à l’évidence à cause du protectionnisme obsolète hérité du
protectorat. Les droits de douane, voila l’ennemi ! Les promoteurs de ce partenariat ne manquent pas de rappeler que dans un autre temps, celui des romains, la méditerranée constituait un espace pacifié et prospère, à tel point qu’on parlait alors de mare nostrum (notre mer). Portés par cette inspiration romanesque, les dirigeants des deux rives ont décidé de renouer le dialogue Nord-Sud, inexistant jusque la, par la grâce du commerce. Montesquieu déjà soutenait que le « doux commerce » était un moyen commode de pacifier les relations entre les états. Plus récemment, les tenants de la théorie fonctionnaliste (Jean Monnet par exemple) considèrent que l’intégration commerciale est un préalable à l’intégration politique et culturelle (« on fait d’abord le marché européen, on verra après pour l’identité commune »). Les accords Euromed revêtent donc une importance cruciale en ce sens qu’ils établissent un cadre de coopération entre les pays arabes et l’Union Européenne, conjurant ainsi la prophétie de Samuel Huntington à propos du choc des civilisations. L’accord euroméditerranéen Confrontés à une immigration qu’ils ne contrôlent que difficilement et face au péril islamiste, certains pays européens (Espagne, France, Italie, Grèce…) ont résolu d’aider les pays du sud à sortir de leur crise économique et sociale. Spontanément, une solution s’impose : l’intégration régionale. La régionalisation (constitution de blocs commerciaux régionaux tels que l’ALENA, L’ UE,) est étroitement liée au mouvement de mondialisation économique. En effet, les entreprises ont besoin d’un marché d’une taille suffisante pour développer leurs activités (le marché national est trop restreint), mais ce marché doit être protégé (le marché mondial est trop vaste). Le démantèlement tarifaire s’achèvera en 2012. A cette date, les produits européens seront exemptés de droit de douanes et ils pourront concurrencer librement les produits marocains. Le Maroc ne reçoit aucune contrepartie commerciale puisque les produits marocains sont admis sur le marché européen sans droit de douane depuis près de 20 ans (système de préférences). De plus, l’Union Européenne maintient la protection de son marché agricole. L’accord de libre échange ne fait que rétablir la réciprocité entre l’Union et le Maroc. La contrepartie est donc moins commerciale que financière. Les entreprises marocaines vont être amenées à lutter contre les entreprises européennes qui vont leur contester leur marché. Faute de concurrence, les entreprises marocaines qui étaient protégées par les barrières douanières, n’ont fourni que très peu d’efforts pour se moderniser. Elles se retrouvent aujourd’hui avec une accumulation de retards insurmontables qui les rendent très peu compétitives. L’union Européenne s’est engagée à financer une partie de la remise à niveau des entreprises en créant le programme MEDA qui constitue le versant financier de l’accord euromed. Toutefois ce fonds destiné aux PME reste très insuffisant au regard de l’ampleur des besoins. L’Union Européenne ne peut satisfaire toutes les revendications financières des pays de la rive sud en raison du coût de l’élargissement à l’est prévu pour 2006. Les hypothèses optimistes : Alice au pays du libéralisme Les partisans de l’accord invoquent allègrement la théorie des avantages comparatifs (tout pays a intérêt à s’ouvrir au libre échange en se spécialisant dans les secteurs ou il est le plus compétitif) pour célébrer le libre échange et chanter ses mille vertus. En adhérant à la zone de libre échange, le Maroc devrait accueillir d’importants investissements extérieurs et bénéficier ainsi de transferts de technologies. Au contact des multinationales européennes et face à une intense concurrence les entreprises marocaines devront se moderniser ou disparaître. Le système de rentes et de protections, si néfaste à l’économie marocaine, ne survivra pas à une libéralisation du commerce. Une dynamique de modernisation et de rationalisation s’engagera alors. La concurrence profitera également aux consommateurs qui disposeront d’une plus grande variété de produits à meilleur prix. Les hypothèses pessimistes : Paco rabane au pays du protectionnisme L’accord de libre échange a été signé par le Maroc avec une sorte de désinvolture, sans qu’aucune étude sérieuse n’ait été réalisée pour mesurer l’impact de la libéralisation sur l’économie marocaine alors que des secteurs entiers sont menacés par la concurrence insoutenable des entreprises européennes.
Parmi les
conséquences immédiates il faut souligner le déclin de la contrebande entre
Sebta et Tétouan. En signant cet accord, a-t-on au moins pensé à l’avenir
des « djebliyat », ces femmes qui crapahutent dans les montagnes du Rif le
dos alourdi de fromage et de couches espagnoles, dépositaires de la
tradition séculaire du « trabando ». Que de mépris pour les cultures et les
traditions locales !
Par ailleurs,
l’ouverture suppose la disparition d’entreprises dans les secteurs non
compétitifs et la naissance d’entreprises dans les secteurs compétitifs. Le
coût social de cette reconversion risque d’être très élevé. La seule issue
pour le Maroc est d’attirer assez d’IDE (investissements directs étrangers)
pour compenser la destruction d’emploi provoquée par l’ouverture du
commerce. L’état devra donc créer des conditions favorables à l’implantation
d’entreprises étrangères en augmentant les investissements publics
(éducation, santé, routes..) et en réformant l’administration ; Toutefois,
le tarissement des recettes douanières va priver l’Etat des moyens
financiers requis pour améliorer les services publics. |
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