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Maroc : Le flux migratoire s'inverse
10 Mai 2007
Par Julien Felix
Une économie à forte attractivité
Ouadih Dada avait toujours rêvé de présenter le journal télévisé. « J'ai
envoyé des CV par dizaines une fois sorti de l'école. Sans succès. » Il a
alors renoncé à trouver un job en France et a demandé un stage à 2M, la
deuxième chaîne nationale marocaine, qui cherchait justement son
présentateur du JT. A seulement 26 ans, Ouadih Dada s'adresse tous les soirs
à des millions de téléspectateurs.
Son cas n'est pas exceptionnel. Des ingénieurs, des comptables, des
financiers, des designers d'origine marocaine ont fait la même démarche. «
C'est un retour des compétences, confirme Laïla Bensouda, membre de
Maroc Entrepreneurs. Ce
phénomène est un enjeu crucial pour le développement économique du pays. »
Selon cette association, 85 % des jeunes Marocains diplômés des grandes
écoles françaises seraient prêts à faire le chemin inverse de celui de leurs
parents. « Un jeune issu de la "deuxième génération" a plus d'opportunités
au Maroc, reconnaît Karim, 30 ans. Je suis né et j'ai grandi à Strasbourg.
Mais, entre la crise économique et le manque de reconnaissance sociale, il
était temps que je bouge. » Il est donc venu il y a un an à Casablanca, où
il a facilement trouvé un emploi dans la conception assistée par ordinateur.
Habib Tazi, lui, n'a pas encore franchi le pas. Ingénieur dans une
collectivité locale en région parisienne, il est venu passer quelques jours
à Rabat pour tester les opportunités de retour. « Je ressens un vrai repli
identitaire dans la société française. Et cela m'inquiète. » Nasser, qui a
monté sa société de services informatiques à Casablanca, sourit en parodiant
un discours de Nicolas Sarkozy. « La France, je l'aime et je la quitte. » Il
se définit comme un pont entre les deux pays. Mais il reconnaît qu'il a
quitté « un climat morose pour un pays qui va de l'avant ».
Avec 7 % de croissance, le Maroc regorge d'opportunités. « Bien plus que
dans les années 80 », confirme Mohamed Ezzouak. Arrivé en France à 2 ans, il
a grandi dans une Zup. « Mais je m'en suis sorti ! » Ce trentenaire a créé
le premier portail Internet pour les Marocains de l'étranger, et s'est
installé à Casablanca pour créer sa société informatique. Dans sa démarche,
il y a une part d'affectif. « Depuis le lycée, j'avais cette envie de
revenir. Le plus drôle, c'est que je ne me suis jamais senti aussi français
qu'aujourd'hui ! »
Comme beaucoup, il ne connaissait le Maroc que par ses parents et les
vacances. La réalité est souvent différente. « Je n'ai pas peur de quelques
barbus kamikazes, résume Habib Tazi. Je suis plus choqué par la corruption,
la classe politique rétrograde et le manque de transparence du milieu
professionnel. Mais nous pouvons faire bouger les choses. »
Si le Maroc bénéficie depuis quelques années d'une croissance forte,
celle-ci est toutefois erratique (7 % en 2006, après 1,5 % en 2005),
étroitement liée aux résultats du secteur agricole, dont le poids varie
entre 11 et 18 % du PIB selon les années,
et qui fait encore vivre plus de la moitié de la population active. Au
premier trimestre 2007, la croissance (prévue à 3 % pour l'ensemble de
l'année) a ainsi été de nouveau ralentie par manque de pluie. Le pays, qui
dispose d'un certain nombre de secteurs attractifs, comme l'agro-industrie,
la pêche, la sous-traitance électronique, l'automobile, le BTP et
l'aéronautique, bénéficie toutefois d'une stabilité macro-économique et
d'une relative solidité financière reconnue par les investisseurs étrangers.
En 2005, les entrées d'investissements directs étrangers ont été
particulièrement élevées, en hausse de 80 % par rapport à l'année
précédente.
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