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Success-Stories M-E : Yahya El Mir
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Yahya El Mir
fait partie de cette poignée de Marocains brillants dont le parcours
impressionne. A 35 ans, ce natif d’Oujda est, depuis 2002, Président
du Directoire du Groupe SQLI, une SSII spécialisée en conseil et
intégration de système d’informations et e-business. Elle compte
parmi ses clients de grandes entreprises telles que Airbus, PSA,
Société Générale ou encore BNP Paribas. Y retrouver à sa tête un
jeune manager Marocain peut fasciner tout diplômé ou étudiant
Marocain en France.
M. El Mir obtient un diplôme d’Informatique et de Gestion à la
Sorbonne en 1992. Après un passage chez Havas, il entre en 1993 chez
SQL Ingénierie comme Ingénieur développeur/concepteur et est promu
directeur des projets un an plus tard. En 1995, il est promu
Directeur de l’Agence Banque/Assurance. Il fonde Keenvision en 1998
et en est le PDG de 1999 à 2000. En 2001, il est DG du Groupe SQLI.
Un an plus tard, Yahya El Mir est nommé Président du Directoire du
Groupe SQLI. Un parcours digne d’une success story !
Maroc Entrepreneurs : Votre ascension a été fulgurante ces 10 dernières années. A 35
ans, Marocain, Président du Directoire d’un groupe Français dans le
secteur des NTIC. Yahya El Mir, la première question que l’on a
envie de vous poser est : Quel est votre secret ?
Yahya El Mir :
Pour répondre très directement à votre question, s’il y avait un
secret, ce serait que j’ai toujours cherché à progresser. Je n’ai
jamais cherché à faire « carrière » mais uniquement à progresser.
Sinon je n’ai pas le sentiment que mon parcours soit si exceptionnel
que ça. Mais c’est vrai que j’ai pris beaucoup de plaisir dans
chacun des métiers que j’ai exercé.
Lorsque l’on évoque la question, désormais classique, du retour
au Maroc des jeunes diplômés formés en France, l’un des principaux
arguments avancés en faveur du retour est l’accès aux positions les
plus élevées dans la hiérarchie. Un Marocain en France ne pourrait
accéder aux positions d’autorité. Dans le jargon des milieux
spécialisés, on parle de « plafond de verre » pour désigner cette
frontière invisible au sein de l’entreprise qui ne peut être
dépassée par les étrangers. Visiblement, vous, vous avez
complètement brisé ce plafond !
Réfutez-vous cet argument ou êtes-vous simplement l’exception qui
confirme la règle ?
Pour ma part, je n’ai jamais senti de barrières, ni de plafond.
Quand je recrute des collaborateurs, je recherche des personnes qui
ont quelque chose de « différent ». Pour moi la différence est une
force. Et j’ai toujours apprécié mes différences.
Très souvent, les postes de dirigeants d'entreprise sont occupés
par des diplômés de grandes écoles d'ingénieurs et de commerce.
Votre formation universitaire fait-elle de vous, encore une fois,
l’exception qui confirme cette règle ?
Le diplôme est un atout, il vous permet d’entrer dans la vie active.
Mais très vite, il s’estompe et ce sont vos propres compétences qui
prennent le dessus.
Il est donc très important de continuer à apprendre même après la
fin des études. Je considère que le diplôme ne doit pas être un
aboutissement, une fin mais un début.
De plus en plus d’étudiants marocains, viennent poursuivre leurs
études supérieures en France, en particulier au sein d'écoles
d’Ingénieurs. SQLI recrute bon nombre d’entre eux chaque année.
Comment se positionnent globalement ces ingénieurs marocains sur le
marché du recrutement en France ? Qu'en est-il pour ceux qui sont
formés au Maroc ?
Je ne fais pas de différence entre les ingénieurs marocains formés
en France et les ingénieurs français par exemple, de la même manière
que je ne fais de différence entre les ingénieurs ayant fait leur
parcours au Maroc et ceux qui ont fait une partie de leurs études à
l’étranger.
Je m’intéresse à la personne. Et je crois que vous pouvez trouver
d’excellents collaborateurs partout. Nous sommes par exemple très
fiers de notre équipe de Rabat qui a été recrutée sur place et avec
une grande majorité de collaborateurs ayant fait la totalité de leur
parcours au Maroc.
En 1998, vous avez créé Keenvision, pôle conseil en marketing web
et design du groupe SQLI, dont vous étiez le PDG. Préférez-vous
l’habit de l’entrepreneur ou du manager ? Avez-vous déjà songé à
créer votre propre entreprise ?
Je ne fais pas la différence entre les deux. Je pense qu’un bon
manager doit avoir l’esprit entreprenarial et un bon entrepreneur
doit savoir être un bon manager, s’il veut réussir dans la durée. La
différence se fait surtout au niveau capitalistique. Mais
personnellement, ce critère n’a jamais été pour ma part le critère
n°1.
Beaucoup de jeunes rêvent de créer leur entreprise. J’avais aussi
cet objectif et c’est pour cette raison que j’avais créé Keenvision.
Cela a été une belle aventure. J’ai ensuite pris la direction de
SQLI qui a également été une belle aventure humaine. Chaque aventure
apporte son lot d’expérience et d’enrichissement.
Pensez-vous un jour mettre à profit vos compétences pour le
Maroc ?
C’est déjà le cas. Je participe activement à la création de notre
centre de Rabat. Notre ambition est d’en faire un centre
d’excellence technologique et de référence au Maroc comme en France.
Il y a beaucoup à faire mais nous avons des collaborateurs qui font
preuve d’un sens de l’engagement remarquable. Et puis, c’est une
belle aventure humaine. J’y prends beaucoup de plaisir.
SQLI vient d'ouvrir récemment sa 14ème agence "nearshore" au
Maroc. Outre les considérations de low cost, quelles sont les
principales raisons qui ont motivé ce choix pour le Maroc et quel
est selon vous le niveau de qualité de services apporté par le site
marocain par rapport à vos sites suisses et français ?
Nous avons choisi le Maroc pour des considérations techniques
(proximité géographique et culturelle avec la France, quantité et
qualité des ressources humaines…) mais l’aspect affectif a également
compté. Nous avions envie de faire ce projet au Maroc et nous étions
sincèrement convaincu que le Maroc était le bon endroit pour le
faire.
Pour ce qui est du niveau de qualité : nous avons la même culture
d’entreprise, les mêmes exigences, les mêmes procédés en France, en
Suisse et au Maroc. Nous avions dès le départ la ferme volonté de
fournir un très haut niveau d’expertise et de qualité, ce qui
sous-entendait que notre centre de Rabat devait être un centre
d’excellence. D’ailleurs, une partie de notre R&D est réalisée au
Maroc.
Pour le centre de Rabat en particulier, et pour garantir un haut
niveau de qualité et de compétitivité, SQLI s'appuie sur un modèle
CMMI (Capabality Maturity Model Integrated). Pouvez vous nous
éclairer sur ce modèle ?
Il s’agit d’un modèle d’amélioration permanent et de maturité de
l’entreprise dans sa capacité à réaliser des logiciels avec un très
haut niveau de qualité.
Avec CMM-I, nous disposons de méthodes et d’outils de pointe qui
nous permettent de garantir systématiquement le résultat (délais,
services apportés et coûts), de partager une vision claire et
transparente du projet (entre nos différentes équipes et les équipes
de nos clients) et d’avoir une forte fiabilité sur les applications
informatiques développées.
De plus en plus de SSII délocalisent en partie leurs activités au
Maroc (SQLI, Unilog...). Le Maroc est-il en passe de devenir le
nouveau "Bangalore" africain ?
A ma connaissance, il y a encore peu de SSII installées au Maroc. Je
n’ai pas connaissance qu’Unilog ait finalement ouvert un centre. Je
crois que le contexte du Maroc est très différent de l’Inde.
Que le Maroc s’inspire de l’exemple indien, je crois que c’est ce
qu’on peut souhaiter.
Quelles sont vos perspectives de recrutement en particulier à
SQLI Rabat, et quels sont les profils les plus recherchés ?
Nous recherchons des profils très expérimentés (directeurs de
projets, chefs de projets, architecte techniques), passionnés par
les technologies et nous recrutons également des ingénieurs
débutants.
Nous attachons beaucoup d’importance au potentiel des candidats et
aux valeurs.
Yahya El Mir, un dernier pour les étudiants et jeunes diplômés
marocains en France soucieux de contribuer au développement de leur
pays ?
Nous avons une culture riche et des valeurs fortes. Je crois qu’il
faut les partager. Cela contribue à tisser des liens avec les autres
cultures et à ouvrir le Maroc sur le monde
Propos recueillis par Hassan Abouyoub